5. Moscou

5. Moscou. C’est le début et la fin de ce récit, qui, tout comme mon voyage, n’a pas eu d’autre intérêt que de faire passer le temps et faire marrer les potes. Enfin certains. A l’aller, j’atterris à Moscou. Le vol cheap qui raboule à 05h du mat. J’avais réservé un run privé via l’hôtel pour ne pas m’embêter. Le mec ne s’est jamais pointé. Du coup je décide de prendre un taxi. Un vrai. C’est Moscou quand même. Il conduit en téléphonant. Ou l’inverse, je sais pas, j’ai pas mon permis. Je me dis qu’ici ils sont plus relax là dessus. Sur l’autoroute on se fait dépasser par autre taxi. Mon chauffeur accélère en gueulant. 210km/h. C’est la vitesse que j’ai vu s’afficher au compteur. Je suis pétrifié. On a fini par doubler son collègue. Bravo. Belle performance la con de ta race. Après 10 km on se fait arrêter par les flics. Evidemment. Mon Ayrton Sena de fête foraine me demande de leur dire que je suis un ami à lui. Ben voyons. Je suis français, assis sur la banquette arrière, avec mon sac à dos Quechua, un bob Waïkiki, mon tee-shirt des Stooges délavé et un boitier argentique autour du cou. Super crédible mon gars. Il finit par filer du fric au policier et nous reprenons notre course. A peine arrivé à l’hôtel, j’avais déjà envie de repartir chez moi. Mais je suis resté. Je suis allé au bout de mon voyage. Mis à part quelques mésaventures c’était super. Je pourrai enfin dire à mes proches « En Russie, je me suis retrouvé ». Alors qu’en France, je ne m’étais pas vraiment perdu. Au contraire, au fur et à mesure du trip, ma vie me manquait. Mon quotidien infesté de parisiens, ma condition imparfaite et vulgaire de musicien, être artiste sans savoir pourquoi ni comment. En fait ma vie était géniale. Elle me manquait. Et donc, après avoir jeté un rapide coup d’oeil à la Sibérie, j’étais de retour à Moscou. Il ne me restait plus qu’un dodo avant de retrouver ma si belle routine cabossée de français moyen. Lors de la préparation de ce trip, j’avais décidé de passer ma dernière nuit dans une auberge de jeunesse. Pour toujours plus d’expériences. Mais après toutes les péripéties sibériennes vécues lors de ma quête de cosaque, plus rien à branler de l’expérience. Ni de la jeunesse d’ailleurs. Je voulais juste rentrer en France. A 33 ans j’en ai plus rien à foutre de partager un repas vegan dans une cuisine commune, tirer sur le pétard de Pépito et passer ma soirée à jouer aux dominos avec un couple d’Hollandais qui te disent que « voyager est la seule chose qu'on achète qui nous rend plus riche ». Je n’ai pas d’avis sur les chaussures de randonnée. Ok ? Foutez moi la paix. Et c’est comme ça que je me suis retrouvé a l’Ibis. Home sweat home. Ca me rappelait la vie de tournée. La chambre était exactement la même que toutes les chambres de tous les Ibis dans lesquels j’avais séjourné. C’était rassurant tellement c’était sans surprise. J’ai toujours détesté
l’impersonnalité de ces complexes pour hommes d’affaires fadasses et démodés. Il y traine toujours une odeur d’eau de toilette de supermarché dans le fond de l’air. Mais là, j’étais bien content de retrouver mes repères et j’appréciais le fait qu’ils soient sans aucun caractère. Finalement mon confort de vie m’avait aseptisé. Et la Russie m’avait boulegué. La veille du soir de mon départ, j’étais seul face à mon assiette de pâtes carbo dans le restaurant minable de cet hôtel sans charme de bord de route. « Une Mattina » de Ludovico Einaudi passe à la radio, cela m'a bouleversé. Dans ma tête j’étais déjà rentré. Peut-être que j’avais visé trop haut pour un premier voyage seul. Le lendemain je suis rentré chez moi un peu déçu de ne pas savoir si ce voyage était bien ou non. Je suis rentré chez moi perplexe mais heureux. Finalement, ces hollandais n’avaient peut-être pas tord. Le lendemain matin, je suis parti sans dire au revoir à la Russie. Et maintenant. Putain. J’ai hâte d’y retourner.

1. Transsibérien
2. Irkutsk
3. Listvianka
4. Baïkal
5. Moscou