2. Irkutsk

2. Irkoutsk. 4h31 am. Je viens de sortir du Transsibérien après 4 jours et demi de train. Je suis épuisé et je sens mauvais. La gare est bondée et il pleut. L’excitation du voyage est retombée et je n’ai qu’une seule envie : prendre une bonne douche chaude. Un mec me crie « taxi ? », je le suis. Vite, je veux aller a l’hôtel, inonder mon corps sale d’eau bouillante et dormir dans un vrai lit. Je monte dans la caisse, je lui indique l’adresse, il me dit « ok », il met le compteur en route et nous voilà partis.
Au bout de 15 minutes je check Google Maps. A priori nous avons largement dépassé l’auberge. C’est étrange. Je l’alerte. Il s’engage dans une ruelle sombre. Il s’arrête, se tourne vers moi, plante son regard de russe dans le mien et me dit dans un anglais de collégien : « Give me your money ». Merde, je l’avais pas vu venir celui là. Un putain de faux taxi. Moi je voulais juste prendre une putain de douche. Heureusement que j’ai suivi les tips du Lonely Planet et que je n’ai pas mis tout mon cash au même endroit. Je lui file direct les 100 balles que j’avais glissé dans mon porte carte, j’attrape mon sac à dos et je me casse en courant. Ouais. Dans la vie je suis pas du genre bagarreur alors c’est pas dans le trou du cul du monde que je vais le devenir. Après tout l’argent ça va, ça vient. Après ces 4 jours de train ça fait pas de mal de se dégourdir un peu les jambes. Dans cette course vers ma propre survie je me dis que je suis vraiment trop con et que si j’avais vraiment appliqué jusqu’au bout les conseils du guide du routard, je ne serais tout simplement pas monté avec un inconnu dans une voiture sans enseigne de taxi. Bah ouais, la base merde.
Je finis par arriver devant l’hôtel. Il est fermé. Je sonne. Pas de réponse. Je suis trempé par la pluie battante qui aura au moins permis de rendre cette escapade ridicule plus cinématographique. Sauf qu’il n’y avait personne pour regarder le film. Une voiture s’arrête à mon niveau. C’est encore lui. Il m’a suivi le fils de pute. Il veut quoi putain ? Me dé-sapper et me buter ? Je suis sur qu’il boufferait même ma dépouille l’enculé.
Je tambourine à la porte de l’hôtel. A cet instant, j’ai vraiment très peur. Je suis tellement trempé que si je me pisse dessus cela ne se verra pas. Ce chien de la casse ouvre la fenêtre de sa Renault 21 merdique en aboyant des trucs en russe. A nouveau je me retrouve dans un mauvais film d’espionnage. Sauf qu’il n’est clairement pas question de faire ici un exposé sur la guerre froide. Il redémarre enfin en trombe en faisant crisser les pneus de sa vieille bouse rétro éclairée. Irkoutsk c’est vraiment le moyen-âge avec des voitures tuning à la place des chevaux. La porte de l’hôtel s’ouvre. Ouf. La femme qui m’accueille s’excuse, elle s’était assoupie. Connasse, j’ai failli ne plus jamais me réveiller pendant que tu te tapais un roupillon. Je rentre dans ma chambre. Je me connecte au wi- fi. Il faut que je parle vite à quelqu’un. Ca ne fonctionne pas. Fais chier, le sort s’acharne. Je reviens a ce qui était prévu à la base, je vais aller prendre cette putain de douche en me jurant que ça sera la meilleure de ma vie. Demain, il fera beau. Je visiterai la ville. Je me déshabille. Je fais couler l’eau. Le mitigeur est tourné au maximum vers le rouge.
J’attends. J’attends longtemps. J’étais bien arrivé en Sibérie mais apparemment l’eau chaude toujours pas.

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